Un calligramme est un poème dont les lettres dessinent ce qu'il raconte : la pluie tombe en lignes obliques, la tour Eiffel se dresse en mots, un cœur se retourne comme une flamme. Le mot est de Guillaume Apollinaire, qui l'a donné à son recueil de 1918. Voici sa définition, son histoire, les exemples à connaître et la façon de les lire.
Qu'est-ce qu'un calligramme ?


Un calligramme est un texte dont la disposition sur la page forme un dessin, et ce dessin représente ce que dit le texte. On le regarde avant de le lire, puis on le lit pour comprendre ce qu'on a vu.
Le mot a été inventé par Guillaume Apollinaire pour son recueil Calligrammes, publié le 15 avril 1918 au Mercure de France. Il croise calligraphie et idéogramme, et remonte au grec kallos, la beauté, et gramma, la lettre : écrire en beauté.
La différence avec un poème ordinaire tient en une phrase : dans un poème, la forme est celle des vers ; dans un calligramme, la forme est une image, et elle fait partie du sens.
Qui a inventé le calligramme ?

Apollinaire a inventé le mot, pas le principe. Au IVe siècle avant notre ère, le poète grec Simmias de Rhodes disposait déjà ses vers en forme d'ailes, de hache ou d'œuf. Au IXe siècle, Raban Maur compose un livre de poèmes-images à la gloire de la Croix ; au XVIe, Rabelais dessine en mots la « dive bouteille » de son Cinquième Livre.
Ce qu'Apollinaire invente, c'est un calligramme moderne. Le 15 juin 1914, il publie Lettre-Océan dans sa revue Les Soirées de Paris : des mots en rayons autour d'un centre, comme les ondes de la télégraphie sans fil que la tour Eiffel envoie au monde. Il appelle alors ces poèmes des « idéogrammes lyriques » et prépare un recueil au titre explicite, Et moi aussi je suis peintre, prévu pour août 1914. La guerre l'en empêche : le livre deviendra Calligrammes, quatre ans plus tard.
Quels sont les calligrammes les plus célèbres d'Apollinaire ?


Le recueil Calligrammes, sous-titré Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), compte six sections. Les calligrammes les plus connus sont dans les deux premières :
- Il pleut (section « Ondes ») : « Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans le souvenir », en lignes qui tombent. Le plus étudié à l'école.
- La Colombe poignardée et le jet d'eau (« Étendards ») : « Douces figures poignardées chères lèvres fleuries », une colombe faite des prénoms de femmes aimées, au-dessus d'un jet d'eau où pleurent les amis partis à la guerre.
- La tour Eiffel, dans 2e Canonnier conducteur (« Étendards », 1915) : « Salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire et tirera toujours aux Allemands ». La tour tire la langue à l'ennemi.
- La Cravate et la montre et Cœur couronne et miroir (« Ondes ») : des objets du quotidien dessinés en phrases.
- Lettre-Océan (« Ondes ») et La Mandoline, l'œillet et le bambou (« Étendards »).
Voir les calligrammes d'Apollinaire en affiche
Comment lire un calligramme ?

En trois temps : regarder, lire, relier.
1. Regarder la forme. Avant de déchiffrer un seul mot, nommer ce que l'on voit : une pluie, une tour, une colombe. C'est le titre muet du poème.
2. Lire dans le sens du dessin. Il pleut se lit de haut en bas, ligne après ligne, comme on suit une goutte. La tour Eiffel se lit de la pointe à la base. La Cravate et la montre se lit objet par objet, et les heures de la montre tournent avec le cadran.
3. Relier la forme et le sens. Se demander pourquoi ce texte a pris cette forme : la pluie dit la mélancolie, la tour dit Paris qui résiste, le cœur renversé dit l'amour qui brûle. C'est là que le calligramme devient un poème.
Voir la tour Eiffel en affiche
Comment faire un calligramme ?

Choisir un objet qui a un lien avec son texte : une goutte pour un poème triste, un cœur pour une déclaration. Tracer sa silhouette au crayon, très légèrement. Écrire le texte le long des lignes, en serrant les lettres dans les courbes et en les espaçant dans les droites. Gommer le tracé.
Deux règles d'Apollinaire : une forme simple, qu'on reconnaît de loin, et un texte court, qui se lit d'un souffle. Au-delà de trois objets, comme dans La Mandoline, l'œillet et le bambou, le dessin se brouille.
Pourquoi un calligramme fait-il une belle affiche ?

Parce qu'il se lit à deux distances. De loin, c'est une image : une pluie, un cœur, une tour, lisible depuis le canapé. De près, c'est un poème, qu'on découvre en s'approchant. Peu d'affiches offrent les deux.
Le calligramme aime le grand format : en 50x70, chaque lettre d'Il pleut se détache, et la pluie occupe tout le mur. En 30x40, il tient une entrée ou un bureau. Et il s'accorde avec toute la déco poétique, celle que Pinterest appelle le poetcore.
Et moi aussi je suis peintre. Guillaume Apollinaire, titre prévu pour ses calligrammes, 1914
Le calligramme en une phrase
Un poème qu'on voit avant de le lire, inventé sous ce nom par Apollinaire en 1918, et qui, un siècle plus tard, tient toujours un mur.
Les calligrammes en affiche
Seize calligrammes, en 30x40, 40x50 et 50x70, sur papier épais mat éco-responsable.
Voir les 16 calligrammes →Questions fréquentes sur le calligramme
Qui a inventé le calligramme ?
Le mot a été inventé par Guillaume Apollinaire, qui l'a donné à son recueil Calligrammes, publié en 1918. Le principe est bien plus ancien : Simmias de Rhodes dessinait déjà ses vers au IVe siècle avant notre ère.
Quel est le calligramme le plus connu d'Apollinaire ?
Il pleut, où les vers tombent en lignes obliques comme la pluie, puis la tour Eiffel de 2e Canonnier conducteur et La Colombe poignardée et le jet d'eau. Tous trois sont dans le recueil Calligrammes.
Quelle est la différence entre un calligramme et un poème ?
Un calligramme est un poème dont la disposition dessine une image liée à son sens. Dans un poème classique, la forme est celle des vers ; dans un calligramme, la forme est un dessin.
Quand le recueil Calligrammes a-t-il été publié ?
Le 15 avril 1918, au Mercure de France, sous le titre Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916). Apollinaire meurt quelques mois plus tard, le 9 novembre 1918.




