Poésie & décoration

Chanson d'automne de Verlaine : le texte intégral, et pourquoi il sonne comme une musique

Par Heure d'été Studio · Carnet de poésie, 5 min de lecture

Chanson d'automne de Paul Verlaine en affiche encadrée

Vous cherchez le texte de Chanson d'automne ? Le voici en intégralité, suivi d'une lecture simple : pourquoi ces vers très courts sonnent comme une mélodie, ce que Verlaine y dit du temps qui passe, et comment deux de ces vers sont devenus un signal de guerre en 1944.

Le poèmeChanson d'automne, le texte intégral

Chanson d'automne de Paul Verlaine en affiche typographique
Le poème en affiche typographique, composé comme la page d'une édition ancienne.

Le poème figure dans Poèmes saturniens, publiés en 1866, dans la section Paysages tristes. Le voici tel que Verlaine l'a écrit.

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866.

Ce que raconte le poème

Le Dormeur du val d'Arthur Rimbaud en affiche encadrée
Le Dormeur du val de Rimbaud : le texte intégral et notre lecture.

Presque rien, et c'est voulu. Un son d'automne blesse le poète, une heure sonne, un souvenir remonte, et il s'en va comme une feuille morte. Il n'y a ni récit, ni personnage, ni lieu : seulement un état, saisi en dix-huit vers minuscules.

Verlaine avait vingt-deux ans à la parution des Poèmes saturniens. Ce qu'il cherche ici, il le formulera plus tard dans son Art poétique : « De la musique avant toute chose. » Chanson d'automne en est la démonstration avant l'heure, un poème où le sens arrive par l'oreille.

Une lecture strophe par strophe

Trois strophes de six vers très courts, quatre syllabes pour la plupart, avec des rimes qui reviennent vite. Le poème est presque une chanson : c'est le son qui porte l'émotion avant les images.

Première strophe : les violons

L'Albatros de Baudelaire en affiche encadrée
L'Albatros de Baudelaire : le texte intégral et notre lecture.

Tout tient dans les sonorités. Les nasales de « sanglots longs », « violons », « automne » étirent le vers et imitent une note tenue. Verlaine ne dit pas qu'il est triste : il fait entendre une langueur monotone, et le mot monotone, posé seul sur son vers, se met lui-même à traîner.

Deuxième strophe : le souvenir

Le vent se lève de Paul Valéry en affiche encadrée
Le vent se lève de Valéry, autre poème réduit à sa formule la plus connue.

Le rythme se casse : suffocant, blême, l'heure qui sonne. Le poème quitte le paysage pour entrer dans le corps. Le souvenir des jours anciens n'est pas raconté, il n'a aucun contenu, et c'est ce vide qui le rend universel : chacun y met les siens.

Troisième strophe : la feuille morte

Demain, dès l'aube de Victor Hugo en affiche encadrée
Demain, dès l'aube de Hugo : le texte intégral et notre lecture.

Le poète ne décide plus rien, il est emporté. « Deçà, delà » mime le mouvement désordonné du vent, et la comparaison finale arrive coupée en deux par le vers, « pareil à la / feuille morte », comme si la phrase elle-même se laissait tomber.

Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte deçà, delà, pareil à la feuille morte. Chanson d'automne, dernière strophe

Pourquoi ces vers sont devenus un message de guerre

Correspondances de Baudelaire en affiche encadrée
Correspondances, où Baudelaire fait lui aussi entendre la nature.

En juin 1944, la BBC diffuse les premiers vers de Chanson d'automne parmi ses messages personnels destinés à la Résistance française, comme signal annonçant le débarquement. Un poème sur la mélancolie d'un jeune homme de vingt-deux ans est ainsi devenu, quatre-vingts ans plus tard, l'une des phrases les plus chargées d'histoire de la langue française. C'est le genre de destin qu'aucun poète ne peut prévoir.

Le poème au mur : la poésie comme décoration

Heureux qui, comme Ulysse, de Joachim du Bellay en affiche encadrée
Heureux qui, comme Ulysse : des poèmes composés comme des pages de livre.

Chez Heure d'été, nous composons le texte intégral de Chanson d'automne en affiche typographique, comme la page d'une édition ancienne : le poème, le nom du poète, rien d'autre. Imprimée à la demande sur papier mat 170 g/m², elle trouve sa place dans un coin lecture, au-dessus d'un bureau ou dans un mur de cadres littéraires.

Un poème qu'on aime au mur, c'est un texte qu'on relit. C'est toute l'idée.

Le mot de la fin

Chanson d'automne se retient sans effort et revient tout seul, chaque année, aux premiers jours de mauvais temps. Lisez-le, relisez-le, et s'il fait partie des vôtres, offrez-lui une place où le voir chaque jour.

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Questions fréquentes

De quel recueil est tirée Chanson d'automne ?

Chanson d'automne est un poème de Paul Verlaine tiré des Poèmes saturniens, son premier recueil, publié en 1866. Il figure dans la section Paysages tristes.

Que raconte Chanson d'automne ?

Le poème décrit un état plutôt qu'une histoire : un son d'automne blesse le poète, une heure sonne, le souvenir des jours anciens le fait pleurer, et il se laisse emporter par le vent comme une feuille morte.

Comment le poème est-il construit ?

Chanson d'automne se compose de trois strophes de six vers très courts, de quatre syllabes pour la plupart, aux rimes rapprochées. Cette forme brève donne au poème son allure de mélodie.

Pourquoi la BBC a-t-elle utilisé Chanson d'automne en 1944 ?

En juin 1944, les premiers vers du poème ont été diffusés par la BBC parmi les messages personnels adressés à la Résistance française, comme signal annonçant le débarquement de Normandie.