Demain, dès l'aube de Victor Hugo : le texte intégral, et à qui il s'adresse
Vous cherchez le texte de Demain, dès l'aube ? Le voici en intégralité, suivi d'une lecture simple, strophe par strophe : à qui Victor Hugo écrit vraiment, pourquoi on ne le comprend qu'au tout dernier vers, et ce que dit ce bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Le poèmeDemain, dès l'aube, le texte intégral
Le poème figure dans Les Contemplations, publiées en 1856, dans le livre quatrième intitulé Pauca meae, où il porte le numéro XIV. Le voici tel que Victor Hugo l'a écrit.
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo, Les Contemplations, 1856.
À qui Victor Hugo écrit-il ?

Pendant trois strophes, le poème se lit comme une lettre d'amour. Quelqu'un attend, le poète ne supporte plus d'être loin, il partira au petit jour et marchera toute la journée. Puis vient le dernier vers, et tout bascule : la personne qui attend est dans une tombe.
Cette personne, c'est Léopoldine, la fille aînée de Victor Hugo. Le 4 septembre 1843, quelques mois après son mariage, elle se noie dans la Seine à Villequier. Elle a dix-neuf ans. Hugo, en voyage loin de là, apprend sa mort dans un journal ouvert au hasard, à la table d'un café. Le poème est daté du 3 septembre 1847 dans le recueil, la veille du quatrième anniversaire, et raconte le pèlerinage vers sa tombe.
Une lecture strophe par strophe
Trois quatrains d'alexandrins, en rimes croisées. La forme est simple et régulière, comme les pas d'une marche, et le poème garde son secret jusqu'au bout.
Strophe 1 : le départ

Tout est au futur : je partirai, je marcherai, j'irai. Le premier vers fixe l'heure avec une précision de peintre, ce moment où la campagne blanchit. Puis le ton devient intime, presque murmuré : « Vois-tu, je sais que tu m'attends. » Rien ne dit encore qui attend, et chaque lecteur imagine spontanément un être vivant.
Strophe 2 : la marche

Le marcheur ne voit rien et n'entend rien. Les yeux fixés sur ses pensées, le dos courbé, les mains croisées, il traverse le monde sans le toucher. Le vers « Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit » dit le deuil mieux que le mot deuil : la lumière elle-même a cessé de fonctionner. Le rythme ralentit, les phrases se raccourcissent, la marche devient un poids.
Strophe 3 : la tombe

Il refuse l'or du soir et les voiles qui descendent vers Harfleur, ce paysage d'estuaire qui est celui de Villequier. Puis les deux derniers vers tombent : la tombe, et sur elle un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. Deux plantes humbles, cueillies en chemin, pas achetées. Le houx reste vert tout l'hiver, la bruyère pousse sur les sols pauvres : la promesse d'un père que cet amour ne se fanera pas.
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. Demain, dès l'aube, dernière strophe
Pourquoi ce poème touche encore tout le monde

Hugo n'écrit jamais les mots mort, fille ou deuil. Il décrit un trajet, et laisse le dernier vers faire le reste. Cette retenue est exactement ce qui fait tenir le poème : quiconque a perdu quelqu'un reconnaît cette marche obstinée vers un endroit où plus personne n'attend. On l'apprend par coeur à l'école, on s'en souvient toute sa vie.
Le poème au mur : la poésie comme décoration

Chez Heure d'été, nous composons le texte intégral de Demain, dès l'aube en affiche typographique, comme la page d'une édition ancienne : le poème, le nom du poète, rien d'autre. Imprimée à la demande sur papier mat 170 g/m², elle trouve sa place dans un coin lecture, au-dessus d'un bureau ou dans un mur de cadres littéraires.
Un poème qu'on aime au mur, c'est un texte qu'on relit. C'est toute l'idée.
Le mot de la fin
Demain, dès l'aube est une courte marche qu'on met une vie à terminer. Lisez-le, relisez-le, et s'il fait partie des vôtres, offrez-lui une place où le voir chaque jour.
Victor Hugo en affiche
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De quel recueil est tiré Demain, dès l'aube ?
Demain, dès l'aube est un poème de Victor Hugo tiré des Contemplations, publiées en 1856. Il porte le numéro XIV du livre quatrième, Pauca meae, que Hugo consacre au souvenir de sa fille Léopoldine.
À qui s'adresse le poème Demain, dès l'aube ?
Le poème s'adresse à Léopoldine, la fille aînée de Victor Hugo, noyée dans la Seine à Villequier le 4 septembre 1843, à dix-neuf ans. Seul le dernier vers révèle que ce voyage mène à sa tombe.
Comment le poème est-il construit ?
Demain, dès l'aube se compose de trois quatrains d'alexandrins en rimes croisées. Les deux premières strophes racontent le départ et la marche, la troisième révèle la destination, une tombe, dans ses deux derniers vers.
Que signifie le bouquet de houx vert et de bruyère en fleur ?
Le houx vert et la bruyère en fleur sont deux plantes sauvages et humbles, cueillies en chemin plutôt qu'achetées. Le houx reste vert tout l'hiver et la bruyère pousse sur les sols pauvres : ensemble, ils disent un chagrin qui dure et un amour qui ne se fane pas.