Poésie & décoration

L'Homme et la mer de Baudelaire : le texte intégral, et ce que l'homme y regarde

Par Heure d'été Studio · Carnet de poésie, 5 min de lecture

L'Homme et la mer de Charles Baudelaire en affiche encadrée

Vous cherchez le texte de L'Homme et la mer ? Le voici en intégralité, suivi d'une lecture simple : pourquoi Baudelaire appelle la mer un miroir, ce que l'homme y voit vraiment, et pourquoi ces deux-là finissent en frères ennemis.

Le poèmeL'Homme et la mer, le texte intégral

L'Homme et la mer de Baudelaire en affiche typographique
Le poème en affiche typographique, composé comme la page d'une édition ancienne.

Le poème figure dans Les Fleurs du mal, dans la section Spleen et Idéal, où il porte le numéro XIV. Le voici tel que Baudelaire l'a écrit.

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

Ce que raconte le poème

Homme libre, toujours tu chériras la mer, citation de Baudelaire en affiche
Le premier vers du poème, composé seul en affiche.

Quatre quatrains, un face-à-face. Baudelaire ne décrit pas la mer : il la met en regard de l'homme et montre que les deux se ressemblent trop pour se supporter. La mer est d'abord un miroir, puis une conscience, puis un adversaire.

Le mouvement du poème est une dégradation lente. On commence par une déclaration d'amour (« toujours tu chériras la mer »), on passe par l'étreinte, et on termine sur le carnage. Ce que l'homme aime dans la mer, c'est lui-même, et c'est exactement pour ça qu'il la combat.

Une lecture strophe par strophe

Quatre quatrains d'alexandrins, en rimes embrassées. Le poème avance par paliers : le miroir, l'étreinte, le secret partagé, puis la guerre.

Strophe 1 : le miroir

L'Albatros de Baudelaire en affiche encadrée
L'Albatros de Baudelaire : le texte intégral et notre lecture.

Le premier vers est une adresse directe, presque un ordre : « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » Puis vient l'image qui tient tout le poème : la mer est un miroir, et ce que l'homme y contemple, c'est son âme. Le dernier vers referme le piège en reprenant le mot amer pour l'esprit humain : les deux gouffres se valent.

Strophes 2 et 3 : l'étreinte et le secret

L'Invitation au voyage de Baudelaire en affiche encadrée
L'Invitation au voyage : le texte intégral et notre lecture.

L'homme plonge dans son image, l'embrasse des yeux et des bras. Le vocabulaire est amoureux, mais l'objet aimé reste un reflet. La troisième strophe les rassemble dans un même mot, ténébreux et discrets : nul n'a sondé le fond de l'homme, nul ne connaît les richesses de la mer. Ils sont complices d'un même silence.

Strophe 4 : les frères implacables

Correspondances de Baudelaire en affiche encadrée
Correspondances, où la nature parle à l'homme comme la mer ici.

Le renversement arrive d'un coup avec « et cependant ». Depuis des siècles innombrables, ces deux-là se combattent sans pitié. Le dernier vers les nomme pour ce qu'ils sont, lutteurs éternels et frères implacables : la fraternité n'empêche pas la guerre, elle l'explique.

Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir. L'Homme et la mer, premier quatrain

Pourquoi ce poème parle à ceux qui aiment la mer

Harmonie du soir de Baudelaire en affiche encadrée
Harmonie du soir, dans la même section Spleen et Idéal.

Tous ceux qui restent longtemps à regarder la mer savent qu'ils ne regardent pas seulement de l'eau. Baudelaire met un mot sur ce vertige : on y cherche sa propre profondeur. C'est aussi pour ça que le premier vers est devenu une citation autonome, souvent lue comme un éloge de la liberté alors que le poème, lui, finit sur un champ de bataille.

Le poème au mur : la poésie comme décoration

Le vent se lève de Paul Valéry en affiche encadrée
Le vent se lève de Valéry : des poèmes composés comme des pages de livre.

Chez Heure d'été, nous composons le texte intégral de L'Homme et la mer en affiche typographique, comme la page d'une édition ancienne : le poème, le nom du poète, rien d'autre. Imprimée à la demande sur papier mat 170 g/m², elle trouve sa place dans un coin lecture, au-dessus d'un bureau ou dans un mur de cadres littéraires.

Un poème qu'on aime au mur, c'est un texte qu'on relit. C'est toute l'idée.

Le mot de la fin

L'Homme et la mer est un poème court qui contient un océan. Lisez-le, relisez-le, et s'il fait partie des vôtres, offrez-lui une place où le voir chaque jour.

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Questions fréquentes

De quel recueil est tiré L'Homme et la mer ?

L'Homme et la mer est un poème de Charles Baudelaire tiré des Fleurs du mal, où il porte le numéro XIV dans la section Spleen et Idéal.

Quelle est l'idée principale de L'Homme et la mer ?

Le poème pose la mer comme le miroir de l'homme : tous deux sont insondables et gardent leurs secrets, et c'est cette ressemblance même qui les fait s'affronter depuis toujours.

Comment le poème est-il construit ?

L'Homme et la mer se compose de quatre quatrains d'alexandrins en rimes embrassées. Les trois premières strophes rapprochent l'homme et la mer, la quatrième les oppose en lutteurs éternels.

Pourquoi Baudelaire dit-il que la mer est un miroir ?

Parce que l'homme qui contemple la mer y contemple en réalité sa propre âme : le déroulement infini des vagues renvoie à la profondeur, à l'amertume et au secret qu'il porte en lui.