Le Dormeur du val de Rimbaud : le texte intégral, et le dernier vers qui change tout
Vous cherchez le texte du Dormeur du val ? Le voici en intégralité, suivi d'une lecture simple : pourquoi ce sonnet ressemble à un tableau paisible pendant treize vers, et ce que les six derniers mots viennent y révéler.
Le poèmeLe Dormeur du val, le texte intégral
Le poème est un sonnet écrit par Arthur Rimbaud en octobre 1870, à seize ans, pendant la guerre franco-prussienne. Le voici tel qu'il l'a écrit.
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud, Poésies, 1870.
Ce que raconte le poème

Un jeune soldat est allongé dans un vallon, au soleil, au bord d'une rivière. Il sourit, il a l'air de dormir. Le poème passe treize vers à installer ce tableau paisible, avec une insistance presque excessive sur la lumière, la verdure et le calme.
Puis vient le dernier hémistiche : il a deux trous rouges au côté droit. Le soldat est mort. Rimbaud a seize ans quand il écrit ça, en pleine guerre franco-prussienne, et il ne dénonce rien explicitement : il laisse le lecteur découvrir tout seul ce qu'il regardait depuis le début.
Une lecture strophe par strophe
Un sonnet : deux quatrains, deux tercets, en alexandrins. Toute la mécanique du poème tient dans l'écart entre ce qui est décrit et ce qu'on apprend à la fin.
Les deux quatrains : le décor

Le vallon est vivant : la rivière chante, le soleil luit, le val « mousse de rayons ». Puis le soldat apparaît, jeune, bouche ouverte, tête nue, la nuque dans le cresson. Le mot « Dort » est rejeté en tête de vers, isolé, et on le lit sans méfiance. Le « lit vert » où la lumière pleut est déjà une tombe, mais rien ne le dit encore.
Premier tercet : le sourire

Le poème se rapproche : les pieds dans les glaïeuls, un sourire d'enfant malade. Puis Rimbaud s'adresse directement à la nature, « berce-le chaudement », et lâche trois mots qui devraient alerter : il a froid. C'est le premier signe, et il passe presque inaperçu au milieu de la douceur.
Second tercet : les deux trous rouges

Les parfums ne le font plus frissonner. Il dort dans le soleil, la main sur la poitrine, tranquille. Le dernier mot du poème arrive après un point, comme une phrase qu'on ajoute sans élever la voix : deux trous rouges au côté droit. Tout le tableau bascule d'un coup, et il faut relire le poème depuis le début.
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. Le Dormeur du val, dernier vers
Pourquoi ce sonnet reste le poème de guerre le plus lu

Parce qu'il ne dit jamais le mot guerre. Il n'y a ni bataille, ni ennemi, ni discours : juste un corps jeune dans un beau paysage, et une révélation retenue jusqu'au dernier souffle du poème. Cette économie est ce qui le rend imparable, et ce qui explique qu'on le fasse lire à des générations d'élèves sans jamais avoir à expliquer ce qu'il faut ressentir.
Le poème au mur : la poésie comme décoration

Chez Heure d'été, nous composons le texte intégral de Le Dormeur du val en affiche typographique, comme la page d'une édition ancienne : le poème, le nom du poète, rien d'autre. Imprimée à la demande sur papier mat 170 g/m², elle trouve sa place dans un coin lecture, au-dessus d'un bureau ou dans un mur de cadres littéraires.
Un poème qu'on aime au mur, c'est un texte qu'on relit. C'est toute l'idée.
Le mot de la fin
Le Dormeur du val tient en quatorze vers et met une vie à s'oublier. Lisez-le, relisez-le, et s'il fait partie des vôtres, offrez-lui une place où le voir chaque jour.
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Voir toute la collection →Questions fréquentes
Quand Le Dormeur du val a-t-il été écrit ?
Arthur Rimbaud a écrit Le Dormeur du val en octobre 1870, à seize ans, pendant la guerre franco-prussienne. Le poème est daté de cette année-là dans ses Poésies.
Quel est le sens du dernier vers du Dormeur du val ?
Le dernier vers révèle que le soldat n'est pas endormi mais mort : les deux trous rouges au côté droit sont des impacts de balles. Toute la scène paisible décrite avant change alors de sens.
Comment le sonnet est-il construit ?
Le Dormeur du val est un sonnet de quatorze vers en alexandrins : deux quatrains qui plantent le décor et présentent le soldat, puis deux tercets qui se rapprochent de lui jusqu'à la révélation finale.
Pourquoi Rimbaud ne dit-il jamais que le soldat est mort ?
Parce que la retenue produit plus d'effet que la dénonciation. En décrivant un sommeil paisible jusqu'au dernier hémistiche, Rimbaud oblige le lecteur à découvrir la mort par lui-même et à relire le poème.