Poésie & décoration

Le Dormeur du val de Rimbaud : le texte intégral, et le dernier vers qui change tout

Par Heure d'été Studio · Carnet de poésie, 5 min de lecture

Le Dormeur du val d'Arthur Rimbaud en affiche encadrée

Vous cherchez le texte du Dormeur du val ? Le voici en intégralité, suivi d'une lecture simple : pourquoi ce sonnet ressemble à un tableau paisible pendant treize vers, et ce que les six derniers mots viennent y révéler.

Le poèmeLe Dormeur du val, le texte intégral

Le Dormeur du val d'Arthur Rimbaud en affiche typographique
Le poème en affiche typographique, composé comme la page d'une édition ancienne.

Le poème est un sonnet écrit par Arthur Rimbaud en octobre 1870, à seize ans, pendant la guerre franco-prussienne. Le voici tel qu'il l'a écrit.

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, Poésies, 1870.

Ce que raconte le poème

Demain, dès l'aube de Victor Hugo en affiche encadrée
Demain, dès l'aube de Hugo : un autre poème dont le dernier vers révèle tout.

Un jeune soldat est allongé dans un vallon, au soleil, au bord d'une rivière. Il sourit, il a l'air de dormir. Le poème passe treize vers à installer ce tableau paisible, avec une insistance presque excessive sur la lumière, la verdure et le calme.

Puis vient le dernier hémistiche : il a deux trous rouges au côté droit. Le soldat est mort. Rimbaud a seize ans quand il écrit ça, en pleine guerre franco-prussienne, et il ne dénonce rien explicitement : il laisse le lecteur découvrir tout seul ce qu'il regardait depuis le début.

Une lecture strophe par strophe

Un sonnet : deux quatrains, deux tercets, en alexandrins. Toute la mécanique du poème tient dans l'écart entre ce qui est décrit et ce qu'on apprend à la fin.

Les deux quatrains : le décor

Chanson d'automne de Paul Verlaine en affiche encadrée
Chanson d'automne de Verlaine, écrite quatre ans plus tôt.

Le vallon est vivant : la rivière chante, le soleil luit, le val « mousse de rayons ». Puis le soldat apparaît, jeune, bouche ouverte, tête nue, la nuque dans le cresson. Le mot « Dort » est rejeté en tête de vers, isolé, et on le lit sans méfiance. Le « lit vert » où la lumière pleut est déjà une tombe, mais rien ne le dit encore.

Premier tercet : le sourire

L'Albatros de Baudelaire en affiche encadrée
L'Albatros de Baudelaire : le texte intégral et notre lecture.

Le poème se rapproche : les pieds dans les glaïeuls, un sourire d'enfant malade. Puis Rimbaud s'adresse directement à la nature, « berce-le chaudement », et lâche trois mots qui devraient alerter : il a froid. C'est le premier signe, et il passe presque inaperçu au milieu de la douceur.

Second tercet : les deux trous rouges

Heureux qui, comme Ulysse, de Joachim du Bellay en affiche encadrée
Heureux qui, comme Ulysse, autre sonnet devenu proverbe.

Les parfums ne le font plus frissonner. Il dort dans le soleil, la main sur la poitrine, tranquille. Le dernier mot du poème arrive après un point, comme une phrase qu'on ajoute sans élever la voix : deux trous rouges au côté droit. Tout le tableau bascule d'un coup, et il faut relire le poème depuis le début.

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. Le Dormeur du val, dernier vers

Pourquoi ce sonnet reste le poème de guerre le plus lu

Le vent se lève de Paul Valéry en affiche encadrée
Le vent se lève de Valéry, autre vers que tout le monde connaît.

Parce qu'il ne dit jamais le mot guerre. Il n'y a ni bataille, ni ennemi, ni discours : juste un corps jeune dans un beau paysage, et une révélation retenue jusqu'au dernier souffle du poème. Cette économie est ce qui le rend imparable, et ce qui explique qu'on le fasse lire à des générations d'élèves sans jamais avoir à expliquer ce qu'il faut ressentir.

Le poème au mur : la poésie comme décoration

Correspondances de Baudelaire en affiche encadrée
Correspondances de Baudelaire : des poèmes composés comme des pages de livre.

Chez Heure d'été, nous composons le texte intégral de Le Dormeur du val en affiche typographique, comme la page d'une édition ancienne : le poème, le nom du poète, rien d'autre. Imprimée à la demande sur papier mat 170 g/m², elle trouve sa place dans un coin lecture, au-dessus d'un bureau ou dans un mur de cadres littéraires.

Un poème qu'on aime au mur, c'est un texte qu'on relit. C'est toute l'idée.

Le mot de la fin

Le Dormeur du val tient en quatorze vers et met une vie à s'oublier. Lisez-le, relisez-le, et s'il fait partie des vôtres, offrez-lui une place où le voir chaque jour.

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Questions fréquentes

Quand Le Dormeur du val a-t-il été écrit ?

Arthur Rimbaud a écrit Le Dormeur du val en octobre 1870, à seize ans, pendant la guerre franco-prussienne. Le poème est daté de cette année-là dans ses Poésies.

Quel est le sens du dernier vers du Dormeur du val ?

Le dernier vers révèle que le soldat n'est pas endormi mais mort : les deux trous rouges au côté droit sont des impacts de balles. Toute la scène paisible décrite avant change alors de sens.

Comment le sonnet est-il construit ?

Le Dormeur du val est un sonnet de quatorze vers en alexandrins : deux quatrains qui plantent le décor et présentent le soldat, puis deux tercets qui se rapprochent de lui jusqu'à la révélation finale.

Pourquoi Rimbaud ne dit-il jamais que le soldat est mort ?

Parce que la retenue produit plus d'effet que la dénonciation. En décrivant un sommeil paisible jusqu'au dernier hémistiche, Rimbaud oblige le lecteur à découvrir la mort par lui-même et à relire le poème.