Poésie & décoration

La madeleine de Proust : le texte du passage, et ce qu'il raconte vraiment

Par Heure d'été Studio · Carnet de poésie, 6 min de lecture

La madeleine de Proust, page d'À la recherche du temps perdu en affiche

Vous cherchez le texte de la madeleine de Proust ? Le voici, suivi d'une lecture simple : ce qui se passe exactement dans cette tasse de thé, pourquoi Proust met une page entière à le raconter, et ce que l'expression est devenue depuis.

Le texteLe passage de la madeleine, le texte

La madeleine de Proust, page d'À la recherche du temps perdu en affiche
La page composée comme dans le livre : numéro de page, titre courant, texte.

Le passage figure dans Du côté de chez Swann, premier volume d'À la recherche du temps perdu, publié en 1913. Voici le moment de la reconnaissance, tel que Proust l'a écrit.

Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que, le dimanche matin à Combray, quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913.

Ce qui se passe vraiment dans cette tasse

L'affiche La recherche du temps perdu de Proust encadrée dans un jardin
La même page encadrée, dehors, un dimanche de Combray en puissance.

Un soir d'hiver, le narrateur rentre transi. Sa mère lui propose du thé, ce qu'il refuse d'abord, puis accepte. Elle envoie chercher une de ces madeleines, et à la première gorgée mêlée de miettes, quelque chose d'inexplicable se produit : un plaisir immense l'envahit, sans qu'il sache d'où il vient.

Suit une page entière d'échec. Il boit une deuxième gorgée, une troisième, il cherche, il interroge sa mémoire, et ne trouve rien. Ce n'est qu'en renonçant que le souvenir revient de lui-même : le goût, c'est celui des dimanches matins de Combray, chez la tante Léonie. Toute une enfance ressort d'une tasse de thé.

Une lecture pas à pas

De la prose, pas des vers, mais construite comme un mouvement musical : une sensation, une longue recherche qui échoue, puis la révélation. Les phrases s'allongent à mesure que le souvenir remonte.

La sensation, avant toute idée

L'Albatros de Baudelaire en affiche encadrée
L'Albatros de Baudelaire : le texte intégral et notre lecture.

Le point de départ n'est pas une pensée mais un goût. Proust insiste sur le fait que le narrateur ne comprend rien à ce qui lui arrive : le plaisir est là, « isolé, sans la notion de sa cause ». C'est tout le pari du livre, la vérité passe par le corps avant de passer par l'intelligence.

La recherche qui échoue

Demain, dès l'aube de Victor Hugo en affiche encadrée
Demain, dès l'aube de Hugo, l'autre grand texte français du souvenir.

Vient la partie qu'on oublie toujours de citer : le narrateur s'acharne, revient à la tasse, force sa mémoire, et n'obtient rien. Proust montre que la volonté ne sert à rien ici. La mémoire volontaire, celle qu'on convoque, ne rend que des images mortes ; c'est l'autre, l'involontaire, qui restitue le passé vivant.

La reconnaissance

L'Invitation au voyage de Baudelaire en affiche encadrée
L'Invitation au voyage : le texte intégral et notre lecture.

Le souvenir finit par apparaître seul, et Proust le formule dans une phrase devenue célèbre : l'odeur et la saveur survivent à tout, et portent « l'édifice immense du souvenir » sur une gouttelette presque impalpable. Le déséquilibre de l'image, un édifice sur une goutte, dit tout de la fragilité de ce qui nous constitue.

L'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à porter sans fléchir l'édifice immense du souvenir. La madeleine de Proust, Du côté de chez Swann

Pourquoi l'expression a quitté le livre

Le vent se lève de Paul Valéry en affiche encadrée
Le vent se lève de Valéry, autre phrase devenue plus connue que son livre.

« C'est ma madeleine de Proust » se dit aujourd'hui de n'importe quel souvenir d'enfance déclenché par une odeur ou un goût, souvent par des gens qui n'ont jamais ouvert le livre. L'expression a un peu dérivé : chez Proust, l'essentiel n'est pas la nostalgie, c'est la découverte que le passé n'est pas perdu, seulement inaccessible à la volonté. Et c'est de cette page que sort le reste de l'œuvre.

Le texte au mur : la littérature comme décoration

Heureux qui, comme Ulysse, de Joachim du Bellay en affiche encadrée
Heureux qui, comme Ulysse : des textes composés comme des pages de livre.

Chez Heure d'été, nous composons cette page d'À la recherche du temps perdu en affiche typographique, exactement comme elle se présente dans le livre : le numéro de page, le titre courant, le texte, rien d'autre. Imprimée à la demande sur papier mat 170 g/m², elle trouve sa place dans un coin lecture, au-dessus d'un bureau ou dans un mur de cadres littéraires.

Une page qu'on aime au mur, c'est un texte qu'on relit. C'est toute l'idée.

Le mot de la fin

Deux paragraphes d'un livre de trois mille pages, et c'est celui-là que tout le monde connaît. Lisez-le, relisez-le, et s'il fait partie des vôtres, offrez-lui une place où le voir chaque jour.

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Questions fréquentes

De quel livre est tiré le passage de la madeleine ?

Le passage de la madeleine figure dans Du côté de chez Swann, premier volume d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, publié en 1913.

Que signifie l'expression « madeleine de Proust » ?

Elle désigne un objet, une odeur ou un goût qui fait remonter d'un coup un souvenir d'enfance entier. Chez Proust, l'idée centrale est que ce souvenir revient sans qu'on le cherche, par les sens et non par la volonté.

Que boit le narrateur avec la madeleine ?

Du thé. Le narrateur trempe un morceau de madeleine dans une cuillerée de thé, et c'est ce mélange qui déclenche le souvenir des dimanches matins passés à Combray chez sa tante Léonie.

Pourquoi ce passage est-il si célèbre ?

Parce qu'il contient en deux pages le principe de toute l'œuvre : le passé n'est pas perdu, il est simplement hors d'atteinte de la mémoire volontaire, et une sensation suffit à le rendre intact.