Vous cherchez le texte de La Cigale et la Fourmi ? Le voici en intégralité, suivi d'une lecture simple : d'où vient la fable, comment elle est construite, et pourquoi sa chute, sans morale écrite, fait débat depuis plus de trois siècles.
La fableLa Cigale et la Fourmi, le texte intégral
La fable ouvre le premier recueil des Fables de Jean de La Fontaine, publié en 1668 : c'est la toute première du Livre I. Les éditions anciennes ponctuent le dernier échange par des tirets ; nous le donnons ici avec des guillemets, une réplique à la fois, sans changer un mot.
La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût, foi d'animal,
Intérêt et principal. »
La Fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ? »
Dit-elle à cette emprunteuse.
« Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise. »
« Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien ! dansez maintenant. »
Jean de La Fontaine, Fables.
D'où vient cette fable ?

C'est la porte d'entrée de toute l'œuvre : la première fable du premier livre du premier recueil, publié en 1668 et dédié au Dauphin, le fils de Louis XIV. La Fontaine y reprend un très vieux récit attribué à Ésope, où une cigale affamée vient demander de quoi vivre à des fourmis. Il en fait une petite scène de théâtre : deux personnages, un dialogue, et une porte qui se ferme.
Un mot arrête souvent les lecteurs : « avant l'oût ». C'est l'ancienne graphie d'août : la cigale promet de rembourser avant la moisson. Le reste de sa promesse vient tout droit du langage des contrats : « intérêt et principal », foi d'animal.
Une lecture strophe par strophe
Vingt-deux vers de sept syllabes, sauf un : « Tout l'été », trois syllabes, léger comme le chant qu'il résume. Un récit, puis deux dialogues, et aucune morale finale.
L'été, puis la bise

Six vers suffisent à tout installer. La cigale a chanté tout l'été, la bise, le vent froid de l'hiver, est arrivée, et il ne reste rien : pas un morceau de mouche ni de vermisseau. La vraie cigale ne mange ni l'un ni l'autre, et ne passe pas l'hiver ; La Fontaine n'écrit pas une page d'histoire naturelle, il pose une situation : l'artiste devant l'hiver.
La demande : un prêt en bonne et due forme
La cigale ne mendie pas, elle emprunte. Elle demande « quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle » et promet de rembourser avant la moisson, « intérêt et principal ». Le vocabulaire est celui d'un contrat entre voisines. C'est ce qui rend la scène si moderne : rien n'y est pittoresque, tout y est affaire de crédit, de délai et de confiance.
Le refus, et la chute
« La Fourmi n'est pas prêteuse ; c'est là son moindre défaut. » En un vers et demi, La Fontaine glisse toute son ironie : dire que ne pas prêter est le plus petit défaut de la Fourmi, c'est laisser entendre qu'elle en a de plus grands. Puis vient la question piège (que faisiez-vous au temps chaud ?), l'aveu désarmant du chant, et la réponse qui claque : « Eh bien ! dansez maintenant. » La fable s'arrête net. Personne ne commente.
Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. La Cigale et la Fourmi, la chute
Pourquoi cette fable n'a pas de morale
Beaucoup de fables énoncent leur leçon en toutes lettres. Celle-ci s'arrête sur la réplique de la Fourmi, et La Fontaine ne prend pas parti. Faut-il admirer la prévoyance de la Fourmi ou plaindre la Cigale, qui a donné son chant à tout le monde et ne reçoit rien ? Le texte laisse le jugement au lecteur, et c'est précisément pour cela qu'on en débat depuis plus de trois siècles. Rousseau, dans l'Émile, se méfiait déjà de ce qu'un enfant en retiendrait. Une fable qui tranche s'oublie ; celle-ci se discute, donc se relit.
Le poème au mur : la poésie comme décoration

Chez Heure d'été, nous composons le texte intégral de La Cigale et la Fourmi en affiche typographique, comme la page d'une édition ancienne : le poème, le nom du poète, rien d'autre. Imprimée à la demande sur papier mat 170 g/m², elle trouve sa place dans un coin lecture, au-dessus d'un bureau ou dans un mur de cadres littéraires.
Un poème qu'on aime au mur, c'est un texte qu'on relit. C'est toute l'idée.
Le mot de la fin
La Cigale et la Fourmi est le texte par lequel des générations entrent en poésie, et il n'a pas fini de travailler. Lisez-le, relisez-le, et s'il fait partie des vôtres, offrez-lui une place où le voir chaque jour.
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Voir toute la collection →Questions fréquentes
De quel recueil est tirée La Cigale et la Fourmi ?
La Cigale et la Fourmi est la première fable du Livre I des Fables de Jean de La Fontaine, publiées en 1668 et dédiées au Dauphin. C'est le texte qui ouvre tout le recueil.
Quelle est la morale de La Cigale et la Fourmi ?
La fable n'énonce aucune morale explicite : elle s'arrête sur la réplique de la Fourmi, « Eh bien ! dansez maintenant ». On en tire souvent une leçon de prévoyance, mais le texte laisse le lecteur juger entre la Fourmi économe et la Cigale artiste.
Que signifie « avant l'oût » dans la fable ?
L'oût est l'ancienne graphie du mot août : la Cigale promet de rembourser son emprunt avant la moisson, « intérêt et principal », comme dans un contrat.
Comment la fable est-elle construite ?
En vingt-deux vers de sept syllabes, sauf « Tout l'été », qui n'en compte que trois. Un bref récit installe la situation, puis deux dialogues mènent à la chute, sans morale finale.



